Généralement, on ne devient aidant qu’à petit pas... jusqu’au jour où rien ne va plus
Il est encore très rare de se dire que l’on est “aidant”, même quand on passe de plus en plus de temps à soutenir un proche. Dans le cadre de l’accompagnement d’une personne âgée, c’est encore plus “insidieux” : on prend un appel en plus, on surveille un rendez-vous, on accompagne aux rendez-vous médicaux, on vérifie le frigo et les papiers quand on vient en visite.
Et puis un jour on réalise qu’on est là, ou que l’on est sollicité, tous les jours ou presque, sur des sujets qui comptent.
En France, on estime qu’il y a près de 11 millions de personnes qui accompagnent régulièrement un proche âgé ou fragilisé.
Pourtant, une grande partie d’entre elles ne se reconnaissent pas comme aidantes.
Elles ont le sentiment d’« aider un peu », de « donner un coup de main », de « faire ce qui est normal ».
Et tant qu’on ne se reconnaît pas dans ce rôle, on ne se sent pas concerné par les aides qui lui sont associées.
Résultat : beaucoup de proches ne cherchent pas d’informations, ne se renseignent pas sur les dispositifs existants… et pensent, à tort, qu’ils ne sont pas le bon profil pour bénéficier d’aides comme l’AJPA.
Quand on ne sait pas qu’une aide existe, on ne la demande pas
L’Allocation Journalière du Proche Aidant (AJPA) a été créée pour répondre à une réalité simple :
👉 accompagner un proche peut entraîner une réduction ou une interruption de son activité professionnelle, et cela mérite d’être reconnu… et compensé.
Mais voilà : le dispositif reste encore trop peu utilisé, en grande partie parce que beaucoup d’aidants :
ne savent pas qu’ils sont aidants dans la définition administrative ;
ne savent pas que des aides comme l’AJPA existent ;
pensent à tort que ce type d’aide n’est “pas pour eux”, parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans le profil des personnes concernées, alors même qu’ils continuent à travailler tout en accompagnant un proche.
C’est regrettable, car l’accompagnement d’un proche concerne très souvent des personnes encore en activité, salariées, indépendantes ou demandeuses d’emploi indemnisées, précisément celles pour lesquelles l’AJPA a été pensée… sans qu’elles en aient toujours conscience.
Cela veut dire que de nombreuses personnes pourraient être éligibles à des aides comme l’AJPA, mais ne les sollicitent pas, souvent par manque d’information ou parce qu’elles ne font pas le lien entre leur situation professionnelle et les dispositifs existants.
AJPA : l’aide qui peut transformer une pause nécessaire en choix assumé
Alors concrètement, c’est quoi l’AJPA ?
👉 C’est une allocation financière versée par la CAF ou la MSA pour compenser partiellement la perte de revenus lorsqu’on réduit ou interrompt temporairement son activité professionnelle pour accompagner un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie.
Elle est versée pour chaque journée ou demi-journée prise dans le cadre d’un congé de proche aidant.
Le montant quotidien est d’environ 66 € net par journée complète (variable selon l’année).
Un aidant peut en bénéficier jusqu’à 66 jours par proche aidé, soit jusqu’à 264 jours au total sur toute une carrière si plusieurs proches sont concernés.
Cette aide est précieuse parce qu’elle permet de s’autoriser un “temps off” professionnel sans tout mettre en jeu financièrement. Comme elle est liée à un congé de proche aidant, elle donne aussi une forme de légitimité sociale et administrative à une situation que beaucoup vivent en silence.
Mais pourquoi l’AJPA est-elle si peu demandée ?
Là aussi, les causes sont humaines, et pas seulement techniques :
🧠 On ne sait pas qu’on est aidant
La moitié des aidants ont du mal à mettre des mots sur ce qu’ils font au quotidien. Et si on ne sait pas qu’on est aidant, on ne va pas creuser les dispositifs qui s’adressent à eux.
📚 On ne connaît pas les aides disponibles
Entre les noms des dispositifs, les conditions d’accès et les démarches, il est facile de s’y perdre. D’autant que l’on apprend souvent ces informations dans l’urgence, quand on n’est pas à son meilleur niveau d’énergie mentale.
🚧 Les démarches paraissent longues ou complexes
Même pour ceux qui ont entendu parler de l’AJPA, les démarches font parfois peur, ou sont repoussées faute de temps, ou encore parce qu’on pense “je vais le faire plus tard”. Sauf que ce “plus tard” n’arrive jamais.
Ce que l’AJPA permet réellement… et ce qu’elle ne peut pas faire seule
• Ce que l’AJPA permet vraiment, concrètement
Elle permet par exemple de poser quelques jours ou quelques semaines pour être présent à un moment clé :
un retour à domicile après une hospitalisation, une période où votre parent a besoin d’un peu plus d’attention, ou simplement le temps de prendre vos marques face à une situation nouvelle.
Elle permet aussi de ne plus bricoler en permanence entre congés posés à la dernière minute, RTT sacrifiées ou absences justifiées à la hâte. Le congé de proche aidant donne un cadre officiel à ce temps dégagé, et l’AJPA vient en compenser une partie, ce qui rend la décision plus soutenable financièrement.
Enfin, elle offre la possibilité de prendre du recul, quelques jours durant, pour comprendre ce dont votre proche a réellement besoin, organiser les premières aides, ajuster le quotidien… sans avoir l’impression que chaque heure passée à s’en occuper met votre équilibre personnel ou professionnel en danger.
• Ce que l’AJPA ne peut pas faire à elle seule
En revanche, l’AJPA ne règle pas tout.
Elle ne permet pas, par exemple, de savoir quelles aides peuvent être mobilisées ensuite, ni comment les articuler entre elles sur la durée.
Elle ne remplace pas non plus la coordination du quotidien : faire le lien entre les différents intervenants, anticiper les évolutions possibles, ajuster l’organisation quand la situation change.
Et surtout, elle ne donne pas automatiquement les clés pour trouver le bon équilibre entre votre vie professionnelle, votre vie personnelle et l’accompagnement de votre proche — équilibre qui se construit rarement en une seule décision.
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Care managers : un appui pour organiser le quotidien et activer les bonnes aides
Certaines personnes aident à s’y retrouver lorsqu’il s’agit de combiner les aides disponibles. C’est le rôle des care managers : des professionnels qui vous épaulent dans les démarches, identifient les aides mobilisables (comme l’AJPA) et vous aident à les intégrer dans un parcours cohérent.
Un care manager peut :
vous accompagner dans l’éligibilité à l’AJPA,
vous clarifier les démarches à faire réellement,
vous aider à articuler cette aide avec d’autres solutions utiles (APA, PCH, organisation à domicile, etc.).
Leur valeur ajoutée ? Permettre à un aidant de faire des choix éclairés… sans y passer des nuits blanches.
Et si l’AJPA devenait un réflexe, pas une option inconnue ?
Aujourd’hui, l’AJPA reste sous-utilisée, souvent parce que on ne sait pas qu’elle existe ou qu’on pourrait y avoir droit.
Et c’est justement l’un des objectifs de plateformes comme Toutpourlesaidants.com : aider les familles à relier ce qu’elles vivent à ce qui existe comme solutions, pour transformer l’accompagnement d’un proche en un chemin plus serein.